|
| |
Alain de
Botton.
Dans
PETITE PHILOSOPHIE DE L'AMOUR. Ed.
Pocket,
Page 141
4.
Qu'est-ce que je lui trouvais? La question me revint à l'esprit plus tard dans la journée dans un
supermarché alors que je regardais Chloé debout à la caisse, admirant la manière
dont elle enfournait ses emplettes dans un sac en plastique. Le charme que je découvrais
dans ces mouvements anodins reflétait à coup sûr mon empressement à voir
dans ses moindres faits et gestes la preuve incontestable qu'elle était
parfaite. Qu'est-ce que je lui trouvais? A peu près tout.
5.L'espace d'un instant,
je rêvai d'être métamorphosé en carton de yaourt afin de bénéficier, moi
aussi, du soin attentif et caressant avec lequel elle glissait dans son sac à
provisions une boîte de thon et une bouteille d'huile d'olive. Seule l'atmosphère
incongrûment prosaïque du magasin «Cette semaine, promotion sur le foie »
pouvait encore m'empêcher de sombrer définitivement dans une espèce de
pathologie romantique.
6. De retour à la voiture
je complimentai Chloé pour l'élégance adorable avec laquelle elle s'était
acquittée de ses achats d'épicerie. « Ne sois pas idiot! me
dit-elle, pourrais-tu ouvrir le coffre? Les clefs sont dans mon sac. »
Vos
commentaires
Sur la
séduction...
Dans
PETITE PHILOSOPHIE DE L'AMOUR. Ed.
Pocket, page 58
21. Il arrive très fréquemment
que l'on atteigne son but plus par coïncidence que par dessein, constatation décevante
pour le séducteur, imbu, lui, de positivisme et de rationalisme et qui
s'imagine qu'avec suffisamment d'application et de recherches quasiment
scientifiques il parviendra à découvrir des lois nouvelles pour l'admission à
l'amour. Les séducteurs se mettent à la tâche dans l'espoir de trouver des
hameçons d'amour avec lesquels ils seront à même de ferrer l'être aimé: un
certain sourire, une certaine manière de tenir sa fourchette... Mais, malheureusement, c'est un fait que, si chacun de nous est capable de fabriquer
des
hameçons d'amour et d'y parvenir en cours de séduction, ce sera plus par
chance que par calcul. Après tout, qu'avait donc fait Chloé pour que je
devinsse amoureux d'elle? Ma passion était autant due à l'adorable façon dont
elle avait demandé un peu de beurre au garçon qu'à sa déclaration de
partager mon opinion sur L'Être et le Temps de Heidegger.
Vos
commentaires
|
Sur Alain de Botton :
Charme acidulé, désinvolture cultivée, ironie
douce-amère... : Il y a de
nombreuses raisons d'admirer la prose d'Alain de Botton. Mais il en est
une qui dépasse toutes les autres. Dit
comme ça, cela a l'air un peu simplet, mais pourquoi s'embarrasser de périphrases?
Cette façon qu'il a de nous faire sourire pendant 300 pages est irrésistible.
Au fond, à quoi sert la littérature si ce n'est
à panser - et non pas seulement à penser -les blessures de l'âme ?
Cela fait donc presque dix ans que ce jeune
Anglais d'origine zurichoise nous a fait découvrir cette élégance
euphorisante, ce léger dandysme qu'il porte comme un vêtement, avec grâce
et nonchalance. Dans sa Petite philosophie de
l'amour (Denoël, 1994), il tentait déjà de percer à jour les
raisons qui, dans «les pires moments d'aberration ou de dépression »,
nous conduisent à parer de toutes les vertus l'être qui empoisonnera
bientôt notre existence. Il approfondissait ce thème dans « Portrait
d'une jeune fille anglaise » (Denoël,1998) où, en lecteur passionné
de Proust et des moralistes, il suggérait que l'amour ne survit à la
lassitude que « dans la fuite, la trahison ou la mise à mort réciproque
». Tandis qu'à travers « Les Consolations de la philosophie »
(qui vient de sortir en pochet chez Pocket), il montraIt comment de
vieilles barbes poussiéreuses comme Socrate ou Epicure pouvaient encore
«changer nos vies »,
Il y a dans ce sixième livre quelques 'clins d'œil’
à tous ces thèmes. Ici une maxime de Chamfort
selon laquelle «il faudrait avaler un crapaud chaque matin pour être
sûr de ne rien subir de plus déplaisant dans la journée ».
Là, une réflexion piquante sur le narrateur, et sur la femme qui
l'accompagne, et leurs « chamailleries » où pointent les premières «craintes
réciproques d'incompatibilité ». Mais le sujet central est neuf :
c'est celui du voyage. Ou plutôt de l'art du voyage, les deux termes du
titre ayant ici une importance équivalente.
Alain de Botton explique que «si nos existences
sont dominées par une recherche du bonheur, peu d'activités révèlent
autant de choses sur la dynamique de cette quête - dans toute son ardeur
et tous ses paradoxes - que nos voyages. Ils expriment, si mal que ce
soit, une incompréhension de ce que la vie pourrait être, en dehors des
contraintes du travail et de la lutte pour la survie. Et pourtant ils sont
rarement jugés de nature à poser des problèmes philosophiques, c'est-à-dire
nécessitant une réflexion au-delà du domaine pratique ». Or, c'est précisément
sur l'essence de cette quête qu'Alain de Botton nous invite à réfléchir...
Voici donc - très agréablement traduite - une
petite philosophie portative de «l'être ailleurs»
où l'on ne se déplace qu'en excellente compagnie: Flaubert,
Baudelaire, Van Gogh, Ruskin, Huysmans... On y apprendra peut-être à se
sent plus heureux en voyage. On y apprendra sûrement à ouvrir les yeux.
Car, note Alain de Botton, qui sait de quoi il parle, « bien voyager et
bien écrire, c'est la même chose, c'est d'abord bien regarder ».
Florence Noiville, Le Monde, 16 mai 2003
(extraits). |
|
|
| "Les
consolations de la philosophie" |
|
Enfin
un livre de philosophie qui tient ses promesses : enseigner l’amour et
l’apprentissage de la sagesse. Alain de Botton sait tirer la
substantifique moelle des plus grands philosophes de notre temps. Il ne se
contente pas d’abstractions et de raisonnements, mais reste en prise
avec la réalité et la vie.
Son mot d’ordre pourrait être celui d’Epicure : « La philosophie est
inutile si elle ne chasse pas la souffrance de l’esprit. » Les titres
de ses chapitres enseignent que faire en cas d’impopularité, de manque
d’argent, de souffrances ou de peines de cœur. Les réponses sont à
chercher chez Nietzsche, Sénèque, Montaigne ou Schopenhauer.
Pour la bonne cause, qui est celle de la philosophie, Alain de Botton
n’hésite pas à se confesser. Pendant longtemps, explique-t-il, dans
les conversations, sa priorité était de plaire plutôt que de dire la vérité.
Avec les inconnus, il adoptait « l’attitude servile d’un réceptionniste
accueillant des clients riches dans un hôtel ».
Grâce à Socrate, il a appris ce que signifie l’indépendance
d’esprit : « Ce qui devrait nous préoccuper, ce n’est pas le nombre
de gens qui s’opposent à nous, mais la question de savoir s’ils ont
de bonnes raisons pour le faire. »
Dans ce livre, l’auteur accomplit à merveille son métier de
philosophe. Son langage clair, sans prétention, nous apprend comment
penser par soi-même, gérer son anxiété, sa colère et encaisser les
chocs. Pour Epicure, la philosophie bien comprise n’est rien d’autre
qu’un guide vers le plaisir. Si tel est le cas, cet ouvrage a atteint
son but, car il fait passer un moment délicieux, tout en aiguisant
sensibilité et raisonnement.
(Valérie Colin-Simard)
|
Voir aussi :
http://www.culturactif.ch/invite/debotton.htm
Et des citations dans :
http://www.evene.fr/...citations
|